
Tous les matins, je vais au jardin.
Rituel quotidien, pour le réveil. Pour l’esprit, pour le corps, pour la peau, les muscles et les sens.
La fraicheur sur mon visage m’indique que je suis matinale. L’odeur de l’herbe fraiche décorée de rosée est comme une récompense.
Je laisse mes mains saluer quelques tiges qui poussent ici et là, et les hôte avec délicatesse en les remerciant d’être venues mais qu’elles ne peuvent pas rester. Le vert envahi mes pupilles. Mais, derrière mon pied de rhubarbe, je vois du bleu. Pas de souvenir d’avoir des schtroumpfs au potager. J’écarte madame rhubarbe en m’excusant, pour découvrir cette plante étrangère et je découvre une plante, avec trois petites feuilles bleus, sur le haut d’une tige jaune, haute de cinq cm.
Je pose le bout de mon doigt sur le bout d’une feuille. Elle est douce, parsemée de tout petit filaments plus foncés. Son circuit veineux est magnifique et presque envoutant à regarder. Je lui demande : « mais qui es-tu petite bleue, je ne t’avais j’avais vu ? tu es si jolie ! ». Pour réponse, une bourrasque chaude me fait tourbillonner les cheveux.
Le lendemain matin, après avoir vu du bleu partout, pendant 24h, sans retrouver cette nuance délicate du trésor de mon jardin, je retourne contempler la plante. Mon potager serait-il en train d’écrire une nouvelle feuille, pleine de créativité ?
Stupeur ! derrière la rhubarbe trois nouvelles « petites bleues ! ». La première a poussé d’au moins 5 cm. Ses feuilles sont toujours aussi éclatantes, la tige s’est parée d’une jaune doré, et brille de plus en plus.
Ses reflets étincellent sur la rosée. J’ai l’impression d’avoir semé de l’or.
Au milieu des feuilles, j’aperçois une toute petite fleur blanche « oh, mais tu vas fleurir petite bleue ! ». Et là, comme la veille, une légère bourrasque de vent vient faire tourner mes cheveux, et dans un murmure très léger, presque infime, j’entend une musique tourner avec le vent. Mon jardin est l’endroit où la merveille et l’extraordinaire se mélange, et je suis de plus en plus troubler de cette beauté. Je décide qu’en plus de venir le saluer et l’entretenir, je vais le remercier tous les matins de me laisser contempler tant de beauté.
Le matin suivant, le soleil avait à peine pointé le bout de son nez que j’avais fait mon apparition dans mon précieux lieu magique. J’ouvre le portillon et les petites bleues sont partout. Des fleurs blanches d’une grande délicatesse les parsèment. Je suis toute petite au milieu d’un conte de fée. Non seulement, je n’ai rien vu de si beau, mais le vent les fait se balancer doucement, et leur mouvement gracile m’entraine dans un bal, où chaque pas fait briller leur tiges dorées. J’ai l’impression d’être contaminée par leur joie et je suis remplie d’une paix immense. Le murmure est devenu une mélodie. Je marche au milieu du paradis. Je veux rester là, j’y suis bien. Le son s’intensifie, et j’entends des voix également. Les fleurs tournoient si élégamment avec une synchronisation parfaite, comme si elles avaient répété le spectacle.
Les voix s’intensifient. Les fleurs dansent.
On parle de la météo au loin. Mais yeux s’ouvrent et se referment. Je retourne au jardin. J’ouvre de nouveau les yeux. Je suis dans mon lit. Le réveil à sonner. Je saute du lit pour aller au jardin !
Et si l’imagination était cette petite graine que nous portons tous en nous, sans toujours savoir qu’elle est là ?
Et si l’imagination était cette petite graine que nous portons tous en nous, sans toujours savoir qu’elle est là ?
Il suffit parfois d’un détail, d’une couleur, d’un parfum ou d’un rayon de soleil pour qu’elle se réveille. On lui laisse un peu de place, on l’arrose de quelques mots, et bientôt, elle fait naître des mondes que l’on n’aurait jamais imaginé visiter. Un jardin devient un royaume, une fleur se met à danser, une histoire nous emmène là où le réel ne suffit plus.
L’écriture créative, c’est peut-être cela : entrouvrir une porte, suivre un chemin que l’on ne connaît pas encore et se laisser surprendre par ce qui pousse au bout de la plume.
C’est retrouver le plaisir de jouer avec les mots, de développer son imagination et de découvrir en soi des paysages insoupçonnés. Il n’est pas nécessaire de savoir écrire, ni d’avoir quelque chose d’extraordinaire à raconter. Il suffit d’oser faire le premier pas, de laisser venir les idées et de leur offrir un peu de terre pour grandir.
Dans un atelier d’écriture, les imaginaires se rencontrent, les idées s’entremêlent et les mots des uns font parfois éclore les histoires des autres. On y vient pour essayer, inventer, partager, rire ou s’étonner. Et l’on repart souvent avec bien plus qu’un texte : le souvenir d’une parenthèse où tout semblait possible.
Alors, quelle petite graine sommeille en vous ? Quelle fleur étrange, quelle forêt secrète, quel monde merveilleux attend simplement que vous lui donniez vie ?
Prenez un crayon. Fermez les yeux un instant. Écoutez ce qui murmure en vous… et laissez pousser l’histoire.
Et si vous veniez, vous aussi, cultiver votre imagination au fil des mots lors d’un atelier d’écriture créative ?

