Souvenirs à travers les 5 sens


Lorsque j’étais enfant, je passais souvent des vacances chez mes grands-parents, avec ma cousine. Des images de ces vacances me reviennent souvent pour rimer avec la saveur du bonheur simple.
Le matin, encore blottie sous la couette, j’écoutais le monde s’éveiller derrière la fenêtre de la chambre du fond.
Les voitures passaient dans la rue en bas. Dans la cuisine, Mémé avait déjà mis la radio. Entre le cliquetis des cuillères, le frémissement des casseroles et les pieds d’une chaise qui glissait sur le carrelage, elle préparait le chocolat chaud — celui dont l’odeur sucrée montait doucement jusqu’à ma chambre.

J’entendais la porte du bas se refermer : Pépé partait nourrir les poules et les lapins dans le jardin.
Depuis la première lueur du soleil, les tourterelles chantaient leur mélodie d’amour, comme un signal de réveil pour la vacancière encore ensommeillée que j’étais.
Je restais là un petit peu, cachée sous les draps, savourant la chaleur du lit et le murmure familier de la maison. Puis venait le cri du train, sur le pont juste en face : un crissement de roues sur les rails, un son familier pour la maisonnée.

Un orteil dehors, puis deux — je m’habillais à la hâte.
En entrouvrant la porte, j’apercevais Mémé, silhouette et allure typique d’une mamie des années 90 ; avec ses bigoudis dans les cheveux et sa blouse à carreaux bleus, uniforme sacré des matins gourmands.
L’air embaumait le lait chaud, prêt à rejoindre le chocolat en poudre. Le pot de Benco m’attendait, fidèle et joyeux compagnon.
Pépé, revenu du jardin, surveillait le pain qui dorait lentement dans le vieux grille-pain — celui qui ne sautait pas, mais qui grillait en continu, comme pour laisser le temps s’étirer encore un peu. Il ne fallait pas l’oublier, car lui n’oubliait pas de noircir le pain et d’enfumer la pièce…
L’odeur du pain chaud, mêlée à celle du chocolat, formait une promesse d’enfance, une caresse olfactive que je reconnais encore aujourd’hui, chaque fois que je fais griller une tartine.

La radio France Armorique laissait filer des airs d’accordéon et de chansons françaises dans la pièce, décor sonore d’une époque où tout semblait à sa place. J’observe avec mon regard d’adulte, un autre matin comme les autres, un rituel tendre de grands parents, une force tranquille qui baigne d’amour. Je me souviens de la sérénité que je ressentais à chaque petit déjeuner chez eux. J’ai eu la chance de vivre tellement de moment comme ceux-là, avec mes parents ou mes grands-parents.
Ces instants sont gravés dans mon cœur comme des empreintes de lumière, et ils m’ont appris à reconnaitre et honorer la simplicité du quotidien.

Car les souvenirs ne sont pas seulement des images :
ce sont des sons, des parfums, des textures, des lumières.
Ce sont nos cinq sens qui murmurent au présent que nous avons vécu, aimé, ressenti, et que nos expériences sensorielles ont façonnées d’une manière ou d’une autre notre vie d’aujourd’hui.
Alors, souvenons-nous — non pas seulement avec la tête, mais avec tout notre corps.
Souvenons-nous du bruit du monde, du parfum du lait chaud, de la chaleur d’un matin d’été,
et honorons ces fragments d’enfance, ces trésors invisibles qui continuent de battre doucement, quelque part en nous.

Avec Histoire d’encre, partager vos récits, vos aventures et votre enfance et écrivons ensemble votre vie, en toute simplicité.

À propos de l’autrice

Magali, autrice d’Histoire d’encre

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